Le journal des sciences sociales

Entre centralité et périphérie : géographie de la réparation de téléphones mobiles à Bamako

Publication Date : 22-12-2025


Auteur(s) :

Issa FOFANA , Abdiase DOUYON.


Volume/Numéro :
Volume 4
,
Issue 30
(12 - 2025)



Résumé :

Le présent article analyse la réparation de téléphones mobiles comme alternative au chômage des jeunes à Bamako avec un taux estimé à 17,9 % en 2024. Cela favorise l’émergence du secteur informel avec un taux d'emploi informel de 95,5 % pour l'ensemble de la population selon l'Institut National de la Statistique (INSTAT, 2025). Les politiques nationales d’emploi et les programmes de formation existent, mais demeurent insuffisants pour absorber une jeunesse nombreuse (32 % de la population). La réparation de téléphones s’inscrit pleinement dans l’économie informelle, caractérisée par sa flexibilité, sa précarité et sa capacité d’absorption de main-d’œuvre. Les entretiens menés entre 2021 et 2025 auprès de 79 réparateurs répartis dans divers quartiers de Bamako révèlent des trajectoires professionnelles hétérogènes. Un seul réparateur est autodidacte, tandis que les 78 autres ont été formés auprès de leurs proches. Les participants ont entre 15 et 50 ans, la majorité (59 individus) se situant dans la tranche des 26 à 40 ans. Ils tirent de cette activité des revenus qui permettent de subvenir à leurs besoins, financer des projets annexes ou ouvrir de nouveaux ateliers. La répartition spatiale des ateliers illustre la logique des centralités urbaines : Dabanani, Malitel Dâ et Sogoniko constituent des pôles spécialisés de formation et d’innovation, tandis que les périphéries traduisent un étalement économique. Ces espaces fonctionnent comme des territoires d’apprentissage informel où les savoirs se transmettent par imitation et compagnonnage. Cependant, cette activité rencontre des difficultés telles que le manque de formation structurée, la concurrence accrue, l’imprévisibilité des clients, les problèmes techniques multiples et l’absence de protection juridique. Ce qui souligne la nécessité d’accompagnement, de formation adaptée et de politiques publiques intégrant l’économie informelle comme moteur d’emploi. En définitive, la réparation de téléphones mobiles se présente comme une activité de résilience, combinant survie économique et esprit entrepreneurial. Elle constitue une réponse concrète au chômage des jeunes à Bamako, tout en révélant les dynamiques sociales, spatiales et économiques à Bamako.


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